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CEP session de 2008

Les enseignants ne sont pas responsables de la catastrophe

 

Aujourd’hui, la grande question qui fait l’actualité dans l’éducation de base, qui se pose et se débat de part et d’autres, c’est bien cette débâcle du MEBA au certificat du CEP session 2008. En effet, après le point de presse du ministère de l’enseignement de base et de l’alphabétisation le jeudi 31 juillet 2008 sur les résultats du certificat d’études primaires de la présente session, chacun y va de ses commentaires. Le ministère ayant avancé que sur 160.116 candidats présentés, 55.306 ont été admis, certains estiment que sur cette base le taux de succès au CEP session 2008 serait de 34,54% au lieu de 58,46%. Les nombreux écrits qui assaillent le forum sur le Net et les chaudes réactions dans les divers « grins» sont la preuve que les Burkinabé ne sont pas contents de ces performances. Cela est normal car l’éducation est un domaine qui passionne comme le football et par conséquent, les responsables de l’éducation, à tous les niveaux, doivent faire preuve de discernement, d’efficience, de patriotisme et de professionnalisme dans tous les actes qu’ils posent. Au cas échéant, madame le ministre doit leur indiquer la porte de sortie. Dans cette situation, où les uns font des jeux de jambes pour jeter la responsabilité aux autres, l’association nationale pour le bien-être des enseignants du primaire du Burkina Faso, en abrégé ANEP, ne peut s’empêcher de réagir. Elle voudrait donc, ici, participer responsablement au débat en tentant de donner les vraies raisons de la débâcle au CEP 2008. Car pour nous, les vraies causes se situent antérieurement à l’année 2008 et en dehors de l’organisation, du choix des épreuves, de la surveillance, de la double correction et de tout ce que le sens commun considère. Il ne s’agit pas pour l’ANEP de faire le procès du système éducatif de base, encore moins d’accuser démesurément qui que ce soit, mais d’aider tous les avertis du système, en étalant objectivement les graves erreurs structurelles et conjoncturelles qui peuvent être à la base de cette honte nationale car si les chiffres relayés par la presse sont exacts (55.306 admis sur 160.116 présentés) le taux de succès au CEP est effectivement de 34,541208%. Calculons !

Mais, tout d’abord, précisons que l’association nationale pour le bien-être des enseignants du primaire du Burkina (ANEP), n’ayant été ni informée, ni invitée à ce point de presse, s’est contentée des comptes rendus faits par la presse. Certes l’ANEP n’est pas un organe de presse, mais tout de même ; en tant qu’organisation légale des acteurs directs de l’éducation présente dans 8 régions sur les 13 que compte le Burkina Faso, à travers des sections et des sous-sections bien structurées, elle pouvait être associée à un bilan  des examens scolaires. A moins qu’on ne veuille pas considérer les organisations démocratiquement constituées des enseignants. A présent, voici les raisons de la déroute de l’examen du CEP de cette année.

 

Première explication 

Le PDDEB ayant effectivement démarré le 14 septembre 2002, il faut d’abord retenir que les élèves qui finissent cette année le cycle primaire sont les purs produits du PDDEB. 34,54% ou 58,46%(c’est selon les calculatrices et le mode de calcul) de succès au CEP, c’est un résultat qui permet d’apprécier objectivement  le travail fait à un moment ou à un autre dans le PDDEB. Et si l’on considère avec les spécialistes et les professionnels d’enseignement que le CEP se prépare depuis le cours préparatoire deuxième année (CE2), alors on comprend que les sortants du primaire de cette année ont été abandonnés à eux-mêmes, à leur sort depuis l’année scolaire 2005/2006, au moment où ils étaient au CE2. Pas de tergiversations là-dessus. L’ANEP, formée et dirigée par des institutrices, des instituteurs et des encadreurs pédagogiques de métier sait de quoi elle parle.

 

 

 

Deuxième explication 

Enumérant les raisons qui ont occasionné la baisse des résultats de cette année, le MEBA a cité entre autres l’insuffisance de préparation des élèves par les enseignants, l’insuffisance de l’encadrement pédagogique des enseignants. Du coup, le ministère semble porter la responsabilité ou une partie, des mauvais résultats aux enseignants et à leurs encadreurs pédagogiques. Non, les enseignants et leurs encadreurs pédagogiques ne sont pas responsables de la catastrophe au CEP 2008. Quand l’ANEP soutient que nos enfants ont été abandonnés depuis l’année scolaire 2005/2006, justement c’est parce qu’il y a eu insuffisance de préparation des élèves par les enseignants et insuffisance d’encadrement pédagogiques depuis ce temps, mais à quoi cela est-il dû ? Un proverbe mossi conseille que, quand on tombe, de chercher à savoir ce qui vous a fait tomber, avant de regarder le lieu de la chute. Le MEBA n’a-t-il pas souvent et même toujours relevé des défis et honoré  la nation avec les mêmes enseignants et les mêmes encadreurs pédagogiques ? Si maintenant, malgré la franchise, le dévouement et les convictions du ministre Bonkoungou, ces mêmes acteurs ne « mouillent plus le maillot » pour parler comme les footballistiques, c’est qu’il y a une cause profonde que certains collaborateurs de Odile Bonkoungou, lui ont cachée ; soit par exprès, soit parce que leur incompétence et leur limite intellectuelle ne permettaient pas de percevoir. Mais voici l’explication réelle : déçus, très déçus de leur ministère depuis l’année stratégique(2005/2006) qui devait jeter les bases du succès au CEP 2008, les enseignants et leurs encadreurs pédagogiques ont été certainement frappés d’un découragement sans précédent, eu égard aux comportements et agissements insultants de l’entourage du ministre. Juste à titre d’exemple, en novembre 2006(les élèves du CM2 d’aujourd’hui étaient au CE2), le PDDEB entreprenait à coût de plusieurs centaines de millions, le pavage de toute sa superficie, la peinture des arbres et des cailloux, etc. alors qu’au même moment, les enseignants qui ont entre les mains l’avenir des enfants, revendiquaient sans succès leurs indemnités des classes multigrades et doubles flux. N’ayant pas été satisfaits, alors que l’argent frais qu’on disait ne pas exister, servait à embellir des cadres de travail, les enseignants avaient beaucoup boycotté les cours. Certains média avaient dénoncé cette insouciance pour le devenir des élèves (ceux qui sortent cette année du système) et de la nation après avoir démontré que toutes ces dépenses inutiles qui n’étaient prévues dans aucun plan d’action du MEBA pouvaient être faites ailleurs pour redonner confiance aux acteurs. On se rappelle bien. Mais les gestionnaires du PDDEB, atteints de gestionite, n’en avaient aucun souci. On se rappelle aussi très bien que les conférences pédagogiques qui sont  des éléments de pertinence et de qualité de tout système éducatif de base ont été boycottées avec succès  en décembre 2006 sur toute l’étendue du territoire, comme cela ne s’était jamais passé, pour défaut de prise en charge que les enseignants réclamaient ; pendant ce temps, le patron du PDDEB à peine pris service en octobre 2006, était en travaux pour transformer à coût de plusieurs millions de nos francs (on connaît le coût exact) ses services en un havre de luxe insultant pour tous ces enseignants qui voulaient juste le minimum pour assurer leur noble tâche. Et pour bien se moquer d’eux, le secrétaire permanent du PDDEB, dira dans San finna N°462 que c’est pour soigner l’image du Burkina qu’il a fait paver le PDDEB, peint les arbres les cailloux, les vitres,etc. à coût de millions. Avec 34,54% ou 58,46 (c’est selon) de taux de succès au CEP, il faut démolir les bâtiments du PDDEB et reconstruire pour re-soigner l’image du Burkina, si non on n’est pas honoré.

Dans leurs aigreurs et dénuements, les enseignants ont appris, vu, entendu, regardé et écouté des journées portes ouvertes du PDDEB organisées où tout se dépensait sans retenue, alors qu’eux ne demandaient que le strict minimum de conditions de vie et de travail pour préparer suffisamment les élèves au CEP de 2008, alors que les encadreurs pédagogiques ne souhaitaient avoir que quelques litres d’essences pour aller encadrer suffisamment les enseignants .Dans un tel système où les uns prennent les enseignants et leurs encadreurs pour des nez percés, il faut être un génie de montagne pour ne pas tomber dans un état démesuré de déception et de découragement. Conséquence, le moral atteint par toutes ces foutaises faites à leur endroit, des enseignants se sont résignés à n’accomplir que le strict minimum de leur devoir professionnel, abandonnant tout sens de pro- action et d’engagement. Face donc  à de tels résultats médiocres, à qui doit-on s’en prendre ? Chacun peut répondre… Il risque  toujours d’en être ainsi tant qu’au MEBA les choses n’évolueront.

Sur le plan de l’encadrement des enseignants, il faut prendre en compte le vrai problème structurel, qui est question des instituteurs principaux (fonctionnaires de catégorie A3). Malgré les dispositions du décret 96-PRES/PM/MESSRS/MEBA du 2 septembre 1996, qui enseigne en son article 2 que les instituteurs principaux sont bel et bien des personnels d’encadrements pédagogiques de l’éducation nationale, ces derniers qui sont aujourd’hui les vrais encadreurs pédagogiques de proximité sont traités avec peu d’égard. Et il n’ y eût personne de l’entourage du ministre pour attirer son attention. Exclus des conférences annuelles des encadreurs pédagogiques (alors qu’ils sont les premiers encadreurs pédagogiques sur le terrain), certains sont des adjoints d’instituteurs certifiés (fonctionnaires de catégorie B1) sur le terrain. Au MEBA, un directeur a justifié ces genres de pratiques suicidaires pour le système par le fait que c’est le ministre elle-même qui aurait donné des instructions. Pour poser les vrais problèmes de l’éducation de base et éviter le pire qu’on connaît aujourd’hui, plus de 8 000 Instituteurs principaux se sont réunis en 2007 au SIAO, mais ont-ils été entendus ? Non. Donc, on ne doit pas s’étonner que l’encadrement pédagogique ait été insuffisamment assuré.

 

Troisième explication 

L’injustice et l’iniquité au MEBA : comme on peut s’en souvenir aisément, l’année scolaire 2007/2008 s’est illustrée par le licenciement d’enseignants et d’encadreurs pédagogiques pour une simple histoire de quelques manuels scolaires dérobés sans passer par la justice. Au motif que ce sont des éducateurs qui doivent donner le bon exemple, ils ont été « chassés » de la Fonction publique sans la manière, ni la procédure. Mais le drame, c’est que le MEBA ne s’est jamais servi du même bâton partout. Pour preuve, au PDDEB, un agent recruté sans test, donc contrairement aux procédures légales de recrutement au Faso, en qualité de comptable, signe un ordre de mission avec un véhicule de l’Etat bien rempli de carburant qu’il donne à ses amis pour qu’ils voyagent. Le véhicule ayant fait un accident en cours de route, il est tout simplement tracté et réparé à plusieurs centaines de milliers de nos francs. Sanctions ? Une simple lettre d’explication et une mise à pieds de trois jours, a-t-on appris. Les gestionnaires du système ne doivent-ils pas, eux aussi, donner le bon exemple ? D’abord en se recrutant par voie légale, ensuite en se comportant comme des gens responsables, enfin en sanctionnant tout le monde comme il se doit ? Il n’ y a donc pas de débats, que ce sont toutes ces humiliations, frustrations et insultes  à l’égard des enseignants et de leurs encadreurs pédagogiques qui sont, de loin et indirectement, les causes des contre-performances au CEP cette année. Le fait aussi que notre ministère n’ait pas été en mesure de proposer un contenu communicationnel qui puisse rassurer les enseignants qu’ils font également partie du système, a posé un véritable problème. Madame le ministre a beau être disponible, engagée et franche dans sa volonté de réussir, comme elle le fait, tant que certains de ses collaborateurs n’auront pas cessé de faire transparaître d’un côté les privilégiés du système brillant malheureusement par leur arrogance et leur carence dans un état de déficit et de constipation intellectuels et de l’autre, les enseignants et leurs encadreurs pédagogiques considérés comme des bon-à-rien, des aigris, des hères, des laissés pour compte, tant que le PDDEB sera géré comme une entreprise privée et personnalisée sans prendre en compte l’avis des enseignants et de leurs encadreurs pédagogiques, on assistera toujours à une abdication, voire une capitulation face au combat pour la valorisation du capital humain dans notre pays.

 

 

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